Novembre 2017

Castello di Rivoli

Un dimanche gris comme l’asphalte mouillé nous avons décidé de nous rendre à Rivoli, en Italie, à quelques encablures de Turin.
Pourquoi ? Pour l’amour de l’art ovviamente !
3 heures de morne autoroute pour atteindre les collines turinoises couronnées de nebbia, ce brouillard qui donne son nom au nebbiolo, le cépage noir à la base de tous les vins piémontais… Turin qui possède déjà la deuxième plus grande collection d’art égyptien au monde a parfaitement su anticiper la crise industrielle afin d’organiser sa reconversion en spot culturel incontournable, notamment avec le Castello di Rivoli.. En outre, la ville est avec Rome, le véritable lieu d’émergence de l’Arte Povera et est finalement à l’effervescence artistique des années 60 ce que Florence est à la Renaissance.

Dans le vortex de l’art contemporain

Le Castello di Rivoli est une ancienne fortification datant du moyen-âge et une résidence historique de la Maison de Savoie remaniée au 17ème et 18ème siècles, demeurée inachevée. Hybridé d’architecture contemporaine par Andrea Bruno dans les années 80, il est aujourd’hui l’écrin précieux et anachronique de la principale collection d’art contemporain en Italie et un pôle de recherche indispensable dans la région. Le château abrite donc désormais des expositions temporaires, des événements et des activités culturelles mais aussi une bibliothèque spécialisée, des archives et un centre multimédia. Sur près de 40 salles, la collection documente le développement de l’art contemporain Italien et de bien d’autres propositions artistiques internationales des années 60 à nos jours avec dans la collection permanente, de nombreuses œuvres d’Arte Povera, d’art minimal, de Body Art, de Land Art et d’art video. Accueillis par l’installation minimaliste de Luciano Fabro “Paolo Ucello” nous avons ensuite déambulé à travers des pièces en enfilades souvent richement décorées de grotesques et investies pour la plupart de créations monumentales. La simplicité des matériaux utilisés, feutre, coton, branches, bois calciné contraste avec la sophistication des murs et des plafonds baroques demeurés en l’état et produit une synesthésie originale.

LES EXPOSITIONS TEMPORAIRES :
Gilberto Zorio & Anna Boghiguian

Au 3ème étage, l’espace est consacré à une rétrospective de l’oeuvre de Gilberto Zorio, pionnier de l’Arte Povera, à travers 50 ans de recherches plastiques et d’installations inédites de sa collection privée. En face du bâtiment principal, dans le “Manica Lunga” (manche longue) qui tient son nom de sa forme longitudinale, nous avons découvert l’oeuvre prolixe en relation avec l’errance et les territoires de l’artiste égyptienne Anna Boghiguian,.

Feuille pierre ciseaux – la collection permanente

La collection est dense aussi, voici un inventaire à la Prévert non exhaustif de quelques trésors visibles au Castello di Rivoli :
Cercle tracé à la main avec de la boue surplombant le Romulus circle de Richard Long, artiste du Land art, Steinway & Sons enduit de noir goudronneux de Bertrand Lavier, couleurs vives d’une tapisserie d’Alighiero Boetti, igloo en panneaux de verre de Mario Merz ,“Cabane éclatée” de Daniel Buren, video de Bill Viola présentée dans l’ancienne chapelle ducale, lit de camp débordant de coton noueux de Kounellis, sept éléments d’architecture antique en structure molle typiques du style de l’artiste pop Claes Oldenburg, néon figé dans le ciment de Giovanni Anselmo, dos d’une Vénus de la statuaire romaine confrontant sa nudité à un amoncellement de vêtements colorés par Michangelo Pistoletto…

Focale sur Penone, Cardiff & Miller, Ai Wei Wei, Cattelan

Deux salles présentent le geste végétal de sculpteur de Giuseppe Penone, artiste majeur de l’Arte Povera : et l’âpreté de la matière sublimée par ses scénographies épurées: Des feuilles encagées, des terracottas matérialisant l’invisible comme le « Souffle »( 1978), d’emblématiques arbres “écorcés”, “l’arbre étant une matière fluide qui peut être modelée” avec le temps ou encore un poumon en feuillage de bronze comme la reminiscence d’une métamorphose d’Ovide.
L’Institut du Paradis, installation video immersive de 2001, résulte d’une collaboration entre Janet Cardiff et Bures Miller. C’est une sorte de cinéma illusionniste et miniaturisé dans lequel prennent places 17 spectateurs munis de casques face à un écran sur lequel ils sont censés suivre une oeuvre de fiction de 13 minutes qui cultive une esthétique de film noir à la limite du fantastique. Le scénario est prétexte à mobiliser l’attention pendant que des chuchotements et des bruits de salle parasitent de manière angoissante la projection, engendrant une claustrophobie déréalisante et inquiétante.
Dans une salle voûtée en briques apparentes sans stuc, ni putti se déploie une oeuvre étonnante sur l’héritage culturel de l’artiste chinois Ai Wei Wei : Une structure composée de meubles anciens traditionnels chinois et de troncs articulés qui s’avèrent être des poutres et piliers de différents temples de la dynastie Qing, détruits lors de la Révolution culturelle.
Un autre type de choc visuel nous attend avec l’art provocateur et emprunt de dérision de Maurizio Cattelan qui a tout compris du star-system et du génie publicitaire. Cattelan frappe les esprits avec son cheval suspendu. Taxidermisé et succombant aux effets de la gravité avec ses pattes exagérément allongées, il est comme résigné face à son destin. L’oeuvre s’intitule « 1900 » comme la fresque sociale du cinéaste Bertolucci et est censée être le symbole des atrocités et des illusions avortées du 20ème siècle.

Les leçons de l’Arte Povera & de l’Art Minimal

Nous sommes chez Bel Oeil, particulièrement intéressés par la densité esthétique de l’art minimal et l’usage que fait l’Arte Povera du matériau brut et naturel en intensifiant sa présence physique dans l’espace. Particulièrement sensibles également à la simplicité du geste créateur et à la mise en lumière des matières dans leur dénuement.
Ces pratiques artistiques sont au fond assez connectées avec la notion de Wabi Sabi qui élève l’esthétisme du naturel, du brut, de l’imperfection, de la sobriété, des matériaux humbles et de l’évanescence du temps au rang d’une philosophie applicable à l’organisation de l’espace domestique dans lequel nous évoluons quotidiennement.

INFO PRATIQUE
Du mardi au jeudi : 10h – 17h
Du vendredi au dimanche: 10h – 19h
24 et 31 décembre: 10h – 17h

Entrée
8,50€ Tarif réduit: 6,50€
Taxi depuis le centre de Turin : Environ 37€ radiotaxi
Autobus N°36 direction Rivoli
Environ 20 mn de Turin.

Nota bene
Turin est la seule ville en Italie où il existe un passe – Torino + Piemonte Contemporary Card – qui donne accès pour les touristes à toutes ses structures d’art contemporain